Alliances

Monsieur de Pourceaugnac est l'alliance de l'ancien et du moderne, du divertissement et de la réflexion, de tout ce qui précède et du talent. « Monsieur de Pourceaugnac » est une très bonne pièce, qui a su marier un texte du répertoire à une mise en scène contemporaine et créative. Molière faisait jouer ses comédiens en costumes du temps, ceux d'aujourd'hui jouent donc en vêtements de notre temps, même si le texte est à très peu de choses près celui de l'auteur. Ces tenues contribuent à donner un côté plaisant et baroque au jeu très rythmé et physique des acteurs qui, parfois, dérape vers le style clownesque. Ce qui est tout à fait logique, celui de Molière étant celui de la farce. Onomatopées, rires, caricatures, jeux de masque, rien ne manque au catalogue des différents moyens de divertir le public, mais surtout tout est parfaitement bien dosé, équilibré. La danse incantatoire des médecins est sans doute un des moments les plus réussis, qui offre au spectateur une longue crise de rire.Mais cette pièce recèle d'autres dimensions, plus essentielles, comme de faire réfléchir et rire à la fois sur l'esclavage. Ce théâtre n' apas choisi entre divertissement et réflexon sociale : il mène aux deux, magistralement. « Monsieur de Pourceaugnac », de Molière. Avec Daniel Jean, Pierre-Yves Le Louarn, Eva Castro, Stéphane Miquel, Sarah Sandre. Mise en scène : Isabelle Starkier. À la Fabrik Theâtre du 8 au 31 juillet à 16 h 30. Tél. : 04 90 86 47 81, www.fabriktheatre.fr


Pierre François, n° 19 juillet-août 2009

Une vision du monde

La mode est à l’Est. Après l’univers de la peinture, c’est à celui du théâtre de nous montrer sa vision du monde, souvent selon les anciennes colonies soviétiques, ici selon la Russie elle-même. « Le jour de Valentin » est une pièce qui nous rend plus témoin d'un monde qu'il ne nous y fait entrer. Pourtant, même si par ailleurs on a du mal avec la violence qui s'en dégage, ce spectacle est intéressant à plus d'un titre.Quant à sa forme, c'est un mélange entre fantastique, conte, théâtre et cirque, dans des proportions tout à fait réussie. En effet, constitué de tableaux qui s'appellent et s'évoquent les uns les autres entre présent et passé, réalité et rêve, il parvient à maintenir un fil évident entre ces différents moment et lieux de dialogue.Quant au fond, il constitue une introduction à la littérature russe contemporaine. L'auteur en est : Ivan Viripaev, encore peu connu en France. Il se caractérise par une lecture paradoxale et ironique de l'Histoire récente de ce pays, depuis Gorbatchev jusqu'à aujourd'hui. À ce titre, la pièce est pleine d'enseignements. La question devient moins de chercher à comprendre où mène ce jeu de haine et de dépendance entre deux femmes-miroir qui aiment le même mort que de voir comment les sentiments sont exprimés. Si certes il restait encore quelques longueurs en répétition à Paris, on a tout lieu de croire que ces défauts de jeunesse sont maintenant corrigés tant, globalement, la question des rythmes est bien traitée. Le jour de Valentin, d’Yvan Viripaev. Avec : Caterina Barone, Irina Boujilova, Hédi Tarkani. Du 8 au 30 juillet au Pulsion Théâtre à 18 h 30. Tél. : 04 90 85 37 48.


Pierre François, n° 19 juillet-août 2009