Avignon Off 2009 : de la poésie au militantisme ?

Au bout de trois ans, la chose commence à s'apparenter à une tradition : voici donc quelques critiques sur les pièces qui vont arriver ces jours-ci dans le « off ». Un peu plus que l'an dernier, avec l'espoir que l'an prochain « Prosper... » pourra vous en offrir encore plus.Cette sélection doit autant à la position géographique des troupes qu'à leur capacité à s'organiser à l'avance : le critère pour pouvoir vous offrir ces critiques a été de rechercher des pièces visibles en région parisienne avant de descendre au festival d'Avignon. La grande majorité des spectacles a été vue en répétition, donc dans une mise en scène qui allait encore s'améliorer. Cela a aussi été le cas du « Tartuffe » qui se donne au château de Grignan. Il est donc raisonnable d'imaginer que les pièces que vous aurez la chance de voir seront encore plus au point que ce qu'il a été donné de voir à votre serviteur.L'an dernier, le festival d'Avignon a été marqué par un retour de la poésie tant du point de vue de la forme (« Harold et Maud », par exemple) que du fonds. Cette année, si l'échantillonnage des pièces vues jusqu'à présent est représentatif, il semble que ce soient les pièces militantes qui reviennent en nombre. Comme quoi, le théâtre ne perd jamais sa fonction de contestation sociale. Avec le risque que le fond vampirisant la forme, on arrive à un résultat ennuyeux pour le spectateur...
Pierre François, n° 19 juillet-août 2009

Frères Jacques... Dormez-vous ? Soeurs Jacques aussi vraies que les les frères

Voici un spectacle magique et poétique, même pour qui n'a pas connu l'original ici pastiché. Certes, c'est le répertoire des célèbres compagnons des années cinquante qui est ici repris par un groupe de femmes, et pas seulement : même leurs mimiques sont au rendez-vous. Il y a un tel travail de création, dans une cohérence poétique jamais prise en défaut que ce spectacle se suffit en lui-même. Le style commence, avec "Frère Jacques" et "La Confiture", par afficher un genre très expressif, à la limite du caricatural. Mais, très vite, il devient habité par une infinité de nuances. Le recours aux projections vidéo, les dialogues entre pianiste et chanteuses, loin de casser le rythme de cette chorégraphie chantée, ne font que souligner la poésie de ce spectacle musical. Une poésie encore amplifiée par un travail de bruitage impressionnant, des danses de gants blancs et toutes sortes de créations originales. Si on se souvient, par exemple, de cette scène au cours de laquelle ce quatuor féminin se retrouve prisonnier d'élastiques, la vérité oblige à dire que c'est tout au long du spectacle que deux des interprètes sont particulièrement remarquables et qu'une troisième joue avec une constance extraordinnaire le rôle de la marginale qui ne comprend jamais rien à rien (les autres le lui faisant évidemment bien sentir). Pour un peu, on y retournerait ... Facétie musicale mise en scène et interprétée par Myriam Allais, Marièle Chartier, Angélique Dessaint, Eve Druelle. Au piano : Spohie Rieger. Théâtre du Bourg Neuf, 5 bis rue du bourg-neuf. Du 8 au 31 juillet. Tél. 04 90 85 17 90

Pierre François, n° 19 juillet-août 2009