Grignan, la recette d'un succès


Denis Marleau
photo : Stéphanie Jasmin

Comment réussir régulièrement le pari d'un spectacle qui marque ? S'il existait une recette, tout le monde l'appliquerait. Mais en ce qui concerne Grignan, il y a des impératifs et une procédure qui ont fait leurs preuves.
Comme chaque été depuis vingt-cinq ans, le château de Grignan organise un spectacle devant la magnifique façade Renaissance de la principale destinataire des lettres de Madame de Sévigné : sa fille Françoise, à la beauté – du temps de sa jeunesse – si éclatante que son cousin Roger de Bussy-Rabutin, de près de trente ans son aîné, crut utile de préciser que cette femme a de l'esprit, mais un esprit aigre, d'une gloire insupportable, et fera bien des sottises. Elle se fera autant d'ennemis que la mère s'est fait d'amis et d'adorateurs.

Le problème des responsables de la programmation des spectacles du lieu est finalement assez agréable : comment faire encore plus d'entrées que l'année précédente alors que les pièces qui y sont données sont régulièrement des triomphes. Le Roi s'amuse a ainsi enregistré trente mille entrées et Hamlet, l'an dernier, a également été un réel succès.
Laure Descamps, directrice culturelle du département de la Drôme, disait, à trois mois de la première, c'est à dire quand tout est décidé mais que rien de concret n'est encore réalisé, qu'il y a une constante qui s'affirme de plus en plus : l'exigence d'une grande qualité artistique tout en maintenant le souci d'un théâtre accessible et populaire. Autre impératif, mais tout aussi incontrôlable a priori que les autres : mettre en valeur la façade du château. On sait comment il a été traité pour Le Roi s'amuse, avec un décor qui en masquait une bonne partie...
Stéphanie Jasmin,
 assistante de Denis Marleau,
les Femmes Savantes, Grignan.
Photo : Gabor Szilasi

Ces prémisses étant posées la direction artistique du château attend les propositions. Parfois des artistes qu'elle aimerait voir venir n'en font pas, parfois des inconnus envoient des projets... Vient alors le moment du choix, et l'intérêt pour le metteur en scène que son travail soit connu jusqu'à Grignan.
C'est le cas de Denis Marleau, metteur en scène québécois qui travaille tellement dans la mouvance du théâtre contemporain qu'il n'a jamais monté ni une pièce classique en vers ni Molière. Il a pourtant voulu faire un clin d'œil à la célèbre épistolière en choisissant Les Femmes savantes. Non pas, explique-t-il qu'il veuille se moquer de ces femmes qui au Grand Siècle comme dans les années 1950 – de Bardot à Sagan – eurent une réelle influence dans les domaines de l'éducation et de la culture, jusqu'à faire basculer la société dans une autre ère culturelle, mais plutôt de celles qui les singent.
Si ce détour par les femmes qui préparèrent 68 – et au Québec la Révolution tranquille, cette décennie des années 60 durant laquelle s'effondrèrent en même temps l'influence de l'Église dans les familles et le taux de natalité – lui permet d'aborder la pièce comme n'importe quel texte contemporain, il n'en reste pas moins prudent. En effet, parmi les comédiens de son équipe, il en a choisi plusieurs qui ont déjà travaillé le répertoire français, voire même précisément Les Femmes savantes...
Mais on le sent réticent à en dire plus, et il finit par expliquer que les répétitions n'étant pas encore terminées, rien n'est définitif. Car il fait aussi  partie de ces metteurs en scène qui remettent leur travail sur le métier jusqu'à la dernière minute.
Château de Grignan, les Fêtes nocturnes. « les Femmes savantes », de Molière, mise en scène de Denis Marleau, du 28 juin au 18 août. Réservation :  04 75 91 83 65, www.ladrome.fr. Attention la pièce n'est pas données tous les jours !

Festivals en Vaucluse, un été très danse


Avec le chorégraphe Boris Charmatz comme artiste associé, et des têtes d’affiche comme Keersmaeker ou Forsythe, le Festival d’Avignon s’affirme aussi comme un festival de danse. Parallèlement, les Hivernales mettent leur notoriété au service de la jeune création, et Vaison Danses place la rencontre des cultures au cœur de sa programmation.
Avec pas moins de 14 spectacles de danse dont deux à la Cour d’Honneur, des têtes d’affiche, et pour artiste associé le chorégraphe Boris Charmatz, le Festival d’Avignon s’affirme cet été plus que jamais comme un Festival de danse. On se souvient que dans les pas de Vilar, il y eut Béjart, et que le temple du théâtre fut très tôt un tremplin pour la danse contemporaine. Voilà pour la légitimité. Depuis plusieurs années, Hortense Archambaud et Vincent Baudriller, co-directeurs du « In », braquent les projecteurs sur une création chorégraphique pleine de vitalité. Ce parti-pris a donné lieu à de vraies découvertes. Impossible d’oublier l’année Nadj et l’époustouflant « Paso doble » signé Nadj-Barcelo. Il a néanmoins ses détracteurs, et l’arrivée du futur directeur Olivier Py s’annonce comme un retour au texte.
En attendant, cet été Charmatz propose de « déplacer les codes et les cadres habituels de la danse pour trouver des états de corps intenses et inattendus ». Projet excitant, qui va mettre en mouvement des professionnels, une spirale de 24 danseurs sur l’herbe du stade de Bagatelle avec le public en cercle autour d’eux, mais aussi 27 enfants à la Cour d’Honneur pour la création « Enfant ». Keersmaeker et sa compagnie sont attendues avant l’aurore à la Cour pour un éveil de tous nos sens à la danse, et au lycée St Joseph avec Fase, un monument de l’histoire chorégraphique. Anne-Karine Lescop associera les enfants de Monclar à son « petit projet de la matière », tandis que Thierry Thieu Niang invitera des seniors non professionnels de Marseille à entrer dans la danse. Grande figure novatrice, Forsythe revient à Avignon interroger le langage avec une performance dont le principe, dit-il, est « l’agilité mentale ».
« A Avignon, la danse c’est nous », lâche  Emmanuel Serafini, directeur des Hivernales. Ce mouvement né au cœur de l’hiver s’est forgé au fil des ans une légitimité et un public averti. Les têtes d’affiche sont dans le « In » ? Les Hivernales en profitent pour mettre leur notoriété au service de la création émergente avec l’aide des régions. Le cap est mis sur le grand sud européen et les arts croisés, avec les Corses de la Cie Art Mouv ralliant les arts visuels et sonores, l’Italien du Piémont Ninarello travaillant sur la peinture de Francis Bacon, le Languedocien Bruno Pradet s’inspirant des photos d’E-J Marey. En Rhône-Alpes, la Cie Chatha revisite la poésie de Mahmoud Darwich et Gaetano Battezzato choisit Bergson comme compagnon de route. Paca invite Miguel Nosibor figure de proue du hip hop, et Samir El Yamni, chorégraphe franco-marocain. Les régions du sud ont choisi de mettre en lumière la créativité des nouvelles générations « black-blanc-beur ».
La danse fait des adeptes ? A Vaison, Philippe Noël, danseur et directeur artistique, ne peut que s’en réjouir. Pour sa part, il creuse depuis quinze ans le sillon d’un festival « avec des convictions fortes », qui veut parler un langage universel. Le dialogue des cultures et l’accent mis sur la jeune création sous-tendent cet été encore la programmation : dialogue de deux « monstres sacrés » venus d’horizons différents, Sylvie Guillem et Akram Khan, confrontation de hip hopers algériens avec le Bolero de Ravel, ouverture à la création espagnole, aux arts du geste avec le nouveau cirque du Vietnam, interrogation sur les origines avec Alvin Ailey…Vaison Danses, le plus gros festival de Vaucluse après Avignon et les Chorégies, c’est un exploit à la taille du lieu, ce théâtre antique où se pressent chaque soir 3 000 spectateurs, « dans une ville qui compte à peine 6 000 habitants ! ». Un petit miracle par lequel le public le plus large entre en danses.

Carina Istre

Paru dans Prosper, le Magazine culturel, Vaucluse, Avignon, Drôme provençale, Alpilles. N° 26, juillet, août, septembre 2011.

Villeneuve-en-scène, l'autre festival


Tréteaux, baraques, chapiteaux, camion-théâtre, déambulation pour d’étranges rencontres avec la littérature : Roland Dubillard, Jeanne Benameur, Laurent Gaudé… mais aussi Sophocle, Molière et Marivaux côtoyant Sophie Calle, tous logés à cette même enseigne faite de peu de moyens compensés par beaucoup d’inventivité. Le peu d’objets, le décor minimal, les petites formes condamnent à l’intelligence et puis  le spectateur est prié de devenir piéton, d’abandonner son stress, pour accepter la complicité, pour jouer le jeu du théâtre itinérant. Il se balade dans la ville, monte à la colline des Mourgues ou au Fort St André, flâne dans le verger ou la pinède pour aller à la rencontre de son spectacle.
Théâtre d’objets et de marionnettes, contes philosophiques et contes impressionnistes, fables et saynètes posent des questions essentielles dans un face à face avec le spectateur qui ne permet pas la dérobade. Emu, troublé, voire déstabilisé, heureux ou malheureux, content pas content, le public, ici, n’est jamais indifférent.
Voici notre sélection avec, bien entendu, toute sa part d’arbitraire.
La Cie Deux Temps, Trois Mouvements propose les mots sans artifices de Pierre Rosat, conteur-acteur pour dire Le Colonel Barbaque de Laurent Gaudé. Un texte magnifique. Au verger du 6 au 27 juillet, 10h 15. La Cie Tandaim organise la rencontre entre Marivaux et la très contemporaine Sophie Calle pour La seconde surprise de l’amour. Très beau lieu : la colline des Mourgues. 5 au 27 juillet, 21h 15. Le Begat Theater propose dans la pinède, du 10 au 17 juillet, entre 18 et 20h, en parcours individuel et entrant dans la boîte à histoire : Les Demeurées de Jeanne Benameur. Etonnant, bouleversant.
Sur les remparts du Fort St André, les Compagnies A l’Abordage et l’Art Mobile présentent : çà va pas Georges ? d’après les Diablogues de Roland Dubillard où quand le déraisonnable le dispute à l’irrationnel… Du 17 au 27 juillet, 18h 45.
La Fabrique des Petites Utopies propose Les Enfants d’Icare, au croisement du théâtre forain, de la marionnette, de l’Afrique, de l’Europe et de l’Asie.  6 au 27 juillet  dans le camion-théâtre, 20h 15.
Enfin, le théâtre Dromesko, sous chapiteau, au verger, du 16 au 23 juillet , 22h, propose le Quai des oubliés: les trains passent et ne s’arrêtent pas… Quand on connaît le pouvoir de leurs images, un tel sujet retient…. 
15 juillet : feu d’artifice et soirée exceptionnelle avec l’Agence de Voyages Imaginaire. Ce soir là, tous les autres spectacles font relâche.

Anne Simonet-Avril

Paru dans Prosper, le Magazine culturel, Vaucluse, Avignon, Drôme provençale, Alpilles. N° 26, juillet, août, septembre 2011.

22e Fête nocturne de Grignan, Carnage chez la Marquise


Une pièce de Shakespeare parmi les plus célèbres, trente-six représentations en juillet et août et treize comédiens sur le plateau, dont Philippe Torreton dans le rôle-titre et Catherine Salviat, sociétaire de la Comédie Française ! Avec Hamlet, mis en scène par Jean-Luc Revol, Grignan poursuit son histoire d’amour avec le théâtre populaire. Comme un clin d’œil au festival d’Avignon ?
Avec 30 000 entrées enregistrées l’année dernière pour Le Roi s’amuse, de Victor Hugo, les Fête Nocturnes semblent avoir trouvé leur public. Un public sensible au plaisir simple du théâtre, celui que peuvent procurer par une nuit étoilée des comédiens faisant vivre un grand texte, celui de spectateurs emportés par le souffle d’une histoire singulière, avec ses personnages, ses sentiments, ses destins. Si certains regrettent qu’Avignon s’apparente aujourd’hui à un laboratoire de création théâtrale, n’iraient-ils pas retrouver l’esprit de Jean Vilar du côté de Grignan ? Toujours est-il que Jean-Luc Revol et Philippe Torreton semblent partager avec le fondateur du festival une même conception du théâtre populaire. « L’idée d’installer dans la durée et pour un large public cet incontournable du répertoire dans ce magnifique lieu nous a séduit », précise le comédien. Comme le résume Catherine Salviat, future reine du Danemark : « Chaque acteur a envie de ce type d’aventure. »
Une vision politique
L’aventure restituera donc La tragédie d’Hamlet, prince du Danemark, pièce que Shakespeare écrivit pour le public populaire du théâtre élisabéthain. Il y mélange les genres, joue avec l’humour, la trivialité et la bouffonnerie, jusqu’à faire surgir un spectre qui crie vengeance. « Il s’agissait bien autour des années 1600 de retenir l’attention des spectateurs, de les divertir. Ce n’est pas vraiment une pièce métaphysique », souligne Philippe Torreton.
C’est d’ailleurs avec une tout autre vision que Jean-Luc Revol a abordé le texte. Hamlet, ou quand la suspicion, le meurtre et la trahison règnent à la cour du Danemark ; l’amour et le romantisme bien peu. « J’ai préféré mettre l’accent sur l’aspect politique de la pièce. La peur, au château d’Elseneur, ronge tout et la politique pèse sur chaque sentiment. Les personnages en sont asphyxiés jusqu’à la folie. Tous se surveillent et s’épient. Jusqu’au carnage final. Elseneur est une réduction du mécanisme de la terreur. Une dictature miniature. » Une lecture que confirme Philippe Torreton : « D’une certaine façon, Hamlet se pose la question de la réponse au terrorisme : applique-t-on la loi du talion, comme avec Ben Laden, qui n’a pas eu de procès ? Hamlet est confronté à cela. Il est un jeune prince cultivé, et on lui demande de revenir au Moyen-Âge, de ressortir son épée. » Ce que fera le comédien en endossant pour la première fois de sa riche carrière le costume d’Hamlet, après avoir déjà interprété la pièce dans le personnage de Laërte, une mise en scène de Georges Lavaudant pour la Comédie Française, en 1994. Philippe Torreton n’a pourtant aucun regret sur cette prise de rôle tardive : « Je suis très heureux de le faire aujourd'hui, car il y a un état à trouver en scène dont je me sens enfin capable. Je vis mieux le plateau, surtout quand j’y suis seul. Je peux dialoguer avec le public, et ne plus seulement “balancer” la tirade. » Une raison supplémentaire, si besoin était, pour courir découvrir cette version d’Hamlet tant elle excite la curiosité.

Renaud Bertoli

22 édition des Fêtes Nocturnes, château de Grignan, Drôme : La Tragédie d’Hamlet, prince du Danemark, de W. Shakespeare ; du 1er juillet au 20 août 2011.

Paru dans Prosper, le Magazine culturel, Vaucluse, Avignon, Drôme provençale, Alpilles. N° 26, juillet, août, septembre 2011.



Nicolas Canteloup inaugure son nouveau spectacle à Avignon !

Il arrive dans la salle et d'emblée, serre la main de tous les journalistes présents. Il lance une plaisanterie, donne le ton et les questions commencent dans une ambiance détendue. Nicolas Canteloup est à Avignon une semaine pour travailler sur la scène de l'Opéra-théâtre, l'aspect scénique de son nouveau spectacle, les petits effets, les lumières, le son. Ses auteurs traditionnels auquel vient de s'en ajouter un qui arrive des Guignols, sont de la partie. Il conclura son séjour par trois représentations : mercredi, jeudi et vendredi. Son choix, parmi toutes les villes de France, s'est porté sur Avignon parce qu'il y a là un public averti et "parce que c'est le sud", toujours très agréable. Le public avignonnais lui servira donc de mètre-étalon pour vérifier ce qui fonctionne et ce qu'il faut retravailler ou supprimer.
Il confie aux journalistes que ce nouveaux spectacle est plus délicat à réaliser. Avec le prochain remaniement ministériel et la campagne présidentielle qui se profile, le spectacle ne pourra pas être figé mais il faudra se renouveler quotidiennement. Attentif, vigilant et concentré, il l'est assurément. Rebondissant sur l'intervention d'une minute du directeur de l'Opéra-théâtre, Gérard Facq, il stigmatise gentiment un aspect de sa personnalité et déclenche le rire dans la salle par la justesse de son interprétation. Ses auteurs seront là, au fil des mois, pour l'épauler. Il les choisit talentueux et "dénués d'amour propre", l'essentiel étant de trouver le bon mot.
De nouvelles voix vont bien sur faire leur apparition, parmi lesquels celle de Laurent Blanc qu'il a déjà commencé à mettre en scène et dont il moque le changement de vocabulaire et les lunettes de vue pour faire plus intellectuel, mais aussi le futur président de la République et le futur Premier ministre. Dans un autre registre, son attention se portera sur les émissions Rendez-vous en terre inconnue et l'Amour et dans le pré. Des cibles qui se prêtent au rire. Frédéric Lopez et Karine Le Marchand entreront donc dans le Panthéon de l'humoriste.
On a hâte de voir et d'entendre sous quel angle il va les aborder. Car l'astuce de Nicolas Canteloup n'est pas de reproduire la voix à la perfection mais de trouver le bon angle et le phrasé qui évoque le personnage à 20 % et qui fait dire Ah, mais oui, c'est bien lui ! Puis, il pense avec la voix du personnage. Après, il peut leur mettre dans la bouche toutes les paroles qui lui passent dans la tête.
Enfin,toutes les paroles ce n'est pas exactement juste. Nicolas Canteloup ne se sent pas investi d'une mission, mais locataire d'une fenêtre, pour faire rire sur l'actualité, nationale principalement, c'est tout. Il a le sens des responsabilité et il se filtre, c'est une question de tact. Pour lui, on ne peut pas rire de tout à n'importe quel moment et il n'aime pas provoquer le malaise. Par exemple, il laisse toujours un peu de temps passer avant de traiter un sujet grave qui occupe le devant de l'actualité. C'était le cas ce matin, sur Europe 1, lorsqu'il a évoqué les alertes à la bombe à répétition, à Paris, en ce moment.
Il confie enfin aux journalistes qu'il est un instinctif et que nous sommes tous des imitateurs depuis l'enfance, réfutant ainsi l'idée d'un don qu'il aurait. Il est en effet certain que Nicolas Canteloup est une gros travailleur, exigeant avec lui-même. Il est aussi certainement resté modeste, malgré son immense popularité auprès des français, respectueux du public et tout simplement des personnes. Allons donc, la semaine prochaine, rire avec lui de l'actualité et de ceux qui la font !

Olivia Gazzano, septembre 2010

Nicolas Canteloup, son nouveau spectacle. Mercredi 6, jeudi 7 et vendredi 8 octobre, 20h30, Avignon, Opéra-théâtre. Location au guichet et par téléphone : 04 90 82 81 40. Prix des places : 54€ / 40,50€/ 27€/ 13,50€. Tarif groupe, plus de 65 ans : de 50€ à 12,50€. Tarifs -18ans, étudiants -25 ans, handicapés : de 32€ à 8€.

Qu'il est doux de festivaler à pied !!


Spartacus, théâtre la Licorne
 Flâner tranquillement de chapiteaux en tréteaux, de rencontres impromptues en rendez-vous programmés, prendre son temps, aller à la découverte de ses envies, choisir un spectacle à l’improviste et découvrir avec bonheur qu’il reste encore quelques places ….. Deux festivals, l’un gardois : Villeneuve- en-scène et l’autre ardéchois : le Nouveau Festival d’Alba offrent cette liberté. Sans doute a-t-elle beaucoup à voir avec l’itinérance des artistes présents : ils savent accueillir et rencontrer partout où ils posent leurs caravanes, leurs tréteaux, leur petit théâtre, leur chapiteau. Ils sont clowns, funambules, trapézistes, musiciens, marionnettistes, comédiens ambulants, inventeurs de rêves, artistes de rue et toujours voyageurs, proposant leurs spectacles aux quatre coins du monde.
Parmi la pléthore de spectacles, quelques coups de chapeau : Spartacus à Villeneuve et Balade circassienne à Alba : magie de l’espace clos, du bestiaire et des machines pour l’un, magie de l’espace ouvert sur 360 degrés animé par de merveilleux fous volants, accompagnés de musiciens de grand talent, pour l’autre. Deux moments de pur bonheur et la magie de spectacles qui fascinent tous les âges.
Et, bien sûr, ces extraordinaires marionnettistes, les Buchinger’s boot, déjà présents en 2009 pour un spectacle autour d’Alfred Jarry et cette année pour Yaga’s Fire, leur version d’un conte russe. Un théâtre de l’ineffable, plus apaisé dans leur création 2010 pour Villeneuve, mais conservant un côté « cabinet de curiosités » tant les marionnettes, les décors et les objets sont étonnants.
Si vous n’avez pas encore découvert ces lieux hors de la cohue festivalière, faites quelque chose pour ne pas les rater l’an prochain : prenez quelques jours de vacances, par exemple !

Anne Simonet-Avril, septembre 2010

3 Points... Baptême à Rasteau

Le 26 septembre dernier, le Centre Laïque d’accueil et d’Education populaire a baptisé sa salle de spectacles.
Elle est la seule salle digne de ce nom dans tout le Haut-Vaucluse, avec le théâtre des Cordeliers à Valréas. D’une capacité de 250 personnes en configuration debout et de 180 en places assises, cette salle toute équipée accueille depuis trois ans une programmation régulière, de septembre à mars-avril. Elle porte dorénavant un nom : 3 points ... en couleur pour rappeler celles de la Provence, le rouge et le jaune. Des points de suspension pour signifier la continuité et les projets à venir. Car depuis l’arrivée de son nouveau directeur, Jérôme Lhermitte, il y a 3 ans, la vocation de l’espace culturel s’est affirmée : proposer ou faire découvrir à un public local des formes diverses de spectacles vivants : le théâtre, la musique, la danse, la lecture à haute voix, et partager ces moments avec les artistes et l’équipe du lieu. Une formule nouvelle est pour cela au programme : le dîner-spectacle du samedi soir. Pour une somme n’allant jamais au-delà de 35 euros, le spectateur peut dîner d’un repas -toujours bon- composé par le cuisinier de la structure, puis assister au spectacle : du tango, du flamenco, de la danse contemporaine, du théâtre, de la musique choisit parmi les nouvelles musiques traditionnelles, des répertoires anciens de chansons populaires revisitées ou des groupes régionaux représentés sur la scène nationale. Une programmation à mi-chemin entre celles des scènes de musiques actuelles et des cabarets. Et une convivialité sans pareille due à l’accueil, assuré par l’équipe composée de salariés et de bénévoles. On s’y rend entre amis ou bien on s’assoit à côté d’inconnus qui ne le restent jamais longtemps. Idéal pour se retrouver en fin de semaine ou faire connaissance. Les prochaines dates seront : en décembre, Philippe Roman avec ses Mets et Mots et en janvier MY G.G Generation, du théâtre-concert documentaire par l’Atelier du Possible, une forme inédite de théâtre qui dépeindra le plus grand mouvement musical populaire : le Rock’n’roll, depuis sa naissance au début des années ‘50, jusqu’aux années ‘70.
Les 3 points ... accueillent aussi des formes classiques de spectacles à 20h30 ou 21h00 pour des tarifs inférieurs à 20 euros - cette saison, Mossu T e lei Jovents en novembre, la compagnie Flamenco Vivo en janvier et la compagnie Pies y Manos en février qui proposera un spectacle de musique et de danse d’Argentine, entre tradition et modernité.
Partie prenante du Pôle culturel Vaison-Rasteau, la salle sera le théâtre, en mars, du festival de musiques actuelles Mic Mac qui prendra de l’ampleur pour sa quatrième édition. Les élèves de l’école intercommunale de musique y joueront en première partie de groupes au talent confirmé.
Une programmation à suivre et un lieu à découvrir !


Olivia Gazzano, article paru dans le n°21 novembre-décembre 2009

Avignon Off 2009 : de la poésie au militantisme ?

Au bout de trois ans, la chose commence à s'apparenter à une tradition : voici donc quelques critiques sur les pièces qui vont arriver ces jours-ci dans le « off ». Un peu plus que l'an dernier, avec l'espoir que l'an prochain « Prosper... » pourra vous en offrir encore plus.Cette sélection doit autant à la position géographique des troupes qu'à leur capacité à s'organiser à l'avance : le critère pour pouvoir vous offrir ces critiques a été de rechercher des pièces visibles en région parisienne avant de descendre au festival d'Avignon. La grande majorité des spectacles a été vue en répétition, donc dans une mise en scène qui allait encore s'améliorer. Cela a aussi été le cas du « Tartuffe » qui se donne au château de Grignan. Il est donc raisonnable d'imaginer que les pièces que vous aurez la chance de voir seront encore plus au point que ce qu'il a été donné de voir à votre serviteur.L'an dernier, le festival d'Avignon a été marqué par un retour de la poésie tant du point de vue de la forme (« Harold et Maud », par exemple) que du fonds. Cette année, si l'échantillonnage des pièces vues jusqu'à présent est représentatif, il semble que ce soient les pièces militantes qui reviennent en nombre. Comme quoi, le théâtre ne perd jamais sa fonction de contestation sociale. Avec le risque que le fond vampirisant la forme, on arrive à un résultat ennuyeux pour le spectateur...
Pierre François, n° 19 juillet-août 2009

Frères Jacques... Dormez-vous ? Soeurs Jacques aussi vraies que les les frères

Voici un spectacle magique et poétique, même pour qui n'a pas connu l'original ici pastiché. Certes, c'est le répertoire des célèbres compagnons des années cinquante qui est ici repris par un groupe de femmes, et pas seulement : même leurs mimiques sont au rendez-vous. Il y a un tel travail de création, dans une cohérence poétique jamais prise en défaut que ce spectacle se suffit en lui-même. Le style commence, avec "Frère Jacques" et "La Confiture", par afficher un genre très expressif, à la limite du caricatural. Mais, très vite, il devient habité par une infinité de nuances. Le recours aux projections vidéo, les dialogues entre pianiste et chanteuses, loin de casser le rythme de cette chorégraphie chantée, ne font que souligner la poésie de ce spectacle musical. Une poésie encore amplifiée par un travail de bruitage impressionnant, des danses de gants blancs et toutes sortes de créations originales. Si on se souvient, par exemple, de cette scène au cours de laquelle ce quatuor féminin se retrouve prisonnier d'élastiques, la vérité oblige à dire que c'est tout au long du spectacle que deux des interprètes sont particulièrement remarquables et qu'une troisième joue avec une constance extraordinnaire le rôle de la marginale qui ne comprend jamais rien à rien (les autres le lui faisant évidemment bien sentir). Pour un peu, on y retournerait ... Facétie musicale mise en scène et interprétée par Myriam Allais, Marièle Chartier, Angélique Dessaint, Eve Druelle. Au piano : Spohie Rieger. Théâtre du Bourg Neuf, 5 bis rue du bourg-neuf. Du 8 au 31 juillet. Tél. 04 90 85 17 90

Pierre François, n° 19 juillet-août 2009

les fruits empoisonnés de la guerre

On sait que la guerre n'est source que de malheur, cette pièce le manifeste de façon irréfutable. « Le mot progrès dans la bouche de ma mère sonnait terriblement faux » est une pièce très dure. Contemporaine, elle évoque clairement les guerres actuelles des Balkans, qui divisent les familles et poussent à l'exil comme à la folie ou à la négation des dignités. Le vocabulaire ordurier, l'éclairage quasi inexistant, l'interdépendance des ennemis, les conditions de vie évoquées, tout mène, selon la sensibilité du spectateur, à la nausée ou à la prise de conscience. Ce spectacle sent le militantisme, mais à un point qui ne laisse plus sa liberté de penser au public. Il est par conséquent à réserver aux âmes fortes. « Le mot progrès dans la bouche de ma mère sonnait terriblement faux », de Matéi Visniec. Mise en scène de Jean-Luc Paliès. Avec Philippe Beheydt, Katia Dimitrova, Claudine Fiévet, Alain Guillo, Jean-Luc Paliès, Miguel-Ange Sarmiento. Théâtre de l'Oulle, 19, Place Crillon, 84000 Avignon, à 11 heures du 7 au 26 juillet. Tél. : 04 90 86 14 70.


Pierre François, n° 19 juillet-août 2009

Mime médité

Pièce mystérieuse et puissante, « L'Enfer » interroge. Malgré elle ?« L'enfer » est une pièce mystérieuse. Tout en pétrissant une pâte à pain qui se métamorphose sans cesse pour incarner différentes marionnettes, une femme soliloque au sujet d'« elle ». Mais qui, « elle » ? Une compagne ? Elle-même ? Sa conscience ? C'est cette dernière hypothèse qui semble faire le moins de restes, sans pour autant acquérir le moindre caractère de certitude.Du coup, on se pose la question de l'utilité du texte. En effet, ne vaut-il pas mieux se laisser prendre par les évocations successives du mime et des marionnettes plutôt que de chercher en vain à savoir sans cesse de qui on parle, ce qui déconcentre par rapport au magnifique travail muet. Car il faut le souligner : le travail fait avec cette pâte à pain est d'une puissance émotive phénoménale, même si on ne saisit pas toujours le sens de ce qui se passe sur le plateau. « L'Enfer », de Marion Aubert. Avec Babette Masson. Mise en scène : Laurent Fraunié. Du 8 au 28 juillet à La Manufacture, 2, rue des écoles, 84000 Avignon, à 20 h 30 (relâche le 20 juillet). Tél. : 04 90 85 12 71.

Pierre François, n° 19 juillet-août 2009

Emerveillement intergénérationnel

Les meilleurs spectacles pour enfants sont ceux qui parviennent à captiver l'accompagnateur tandis qu'on entend une mouche voler... « Isidore et la plume bleue » est une pièce magnifique. Esthétisme, précision du geste, poésie et sagesse s'y côtoient harmonieusement. Le spectacle vise le jeune public, et le silence des tout jeunes enfants (jusqu'à trois ans, avant l'âge de la peur du loup) dit combien le but est atteint. Mais il sait réveiller l'enfant qui sommeille dans l'adulte accompagnateur et lui offrir du grain à moudre : qu'est ce que grandir et comment y aider vont être les questions qui lui sont posées avec tendresse et poésie tandis que l'accompagné s'émerveille de l'histoire de ce petit canard qui part seul explorer le monde. Il y a une précision chirurgicale dans la gestuelle des manipulateurs de marionnette de sorte que jamais l'émotion n'est parasitée par la technique, même si le travail se fait à la vue des spectateurs. On est face à un spectacle de grande qualité. « Isidore et la plume bleue, une aventure en marionnettes », spectacle tout public à partir de deux ans de Sylvie Fournout. Avec Francesca Testi et Cyrille Louge. Mise en scène : Cyrille Louge. Du 8 juillet au 1er août à 10 heures au théâtre des Béliers, 53, rue du portail Magnanen. Tél. : 04 90 82 21 07


Pierre François, n° 19 juillet-août 2009

Sacré militantisme !

Si le militantisme pour des causes diverses réapparait en ce moment, celui au service de la foi n’a jamais disparu. Et, bonne surprise, il peut donner lieu à des spectacles de qualité. Les pièces engagés ont ceci de difficile que parfois elles sont aveugles sur leurs propres insuffisances, ce qui leur coûte d’autant plus cher qu’elles viennent après une longue tradition de spectacles de patronages (tant laïcs que cathos) dont la qualité était hélas connue…On ne parlera pas ici de ceux qui s’inscrivent dans cette perspective, mais, au contraire, on a plaisir à signaler l’« Evangile de saint Matthieu » mis en scène par Francesco Agnello, qui a réussi à revenir à Avignon malgré la tournée mondiale qu’il fait comme percussionniste de hang dans le spectacle de Peter Brook.Tout fraîchement créé lors du dernier festival d’Avignon, il revient dans le même lieu bien plus mûr. On note en particulier une incarnation des différents personnages beaucoup plus riche, qui contrebalance efficacement un travail relativement manichéen (mais conforme au style de l’auteur) sur les voix. Seule réserve : le passage sur les vendeurs chassés du Temple est un peu trop crié de sorte que ce qui est gagné en volume sonore est perdu en clarté d’élocution.Le texte, s’il est incomplet (il est traité sous forme de tableaux successifs), est livré tel quel, sans autre commentaire que le son du hang, percussion très favorable à la méditation. Il devient alors d’autant plus respectueux de la conscience de chacun que la résurrection n’est que suggérée. Evangile de saint Matthieu. Adaptation, mise en scène et musique de Francesco Agnello. Avec Lorenzo Bassotto. À la chapelle de l'Oratoire à 18 h 30.


Pierre François, n° 19 juillet-août 2009

Alliances

Monsieur de Pourceaugnac est l'alliance de l'ancien et du moderne, du divertissement et de la réflexion, de tout ce qui précède et du talent. « Monsieur de Pourceaugnac » est une très bonne pièce, qui a su marier un texte du répertoire à une mise en scène contemporaine et créative. Molière faisait jouer ses comédiens en costumes du temps, ceux d'aujourd'hui jouent donc en vêtements de notre temps, même si le texte est à très peu de choses près celui de l'auteur. Ces tenues contribuent à donner un côté plaisant et baroque au jeu très rythmé et physique des acteurs qui, parfois, dérape vers le style clownesque. Ce qui est tout à fait logique, celui de Molière étant celui de la farce. Onomatopées, rires, caricatures, jeux de masque, rien ne manque au catalogue des différents moyens de divertir le public, mais surtout tout est parfaitement bien dosé, équilibré. La danse incantatoire des médecins est sans doute un des moments les plus réussis, qui offre au spectateur une longue crise de rire.Mais cette pièce recèle d'autres dimensions, plus essentielles, comme de faire réfléchir et rire à la fois sur l'esclavage. Ce théâtre n' apas choisi entre divertissement et réflexon sociale : il mène aux deux, magistralement. « Monsieur de Pourceaugnac », de Molière. Avec Daniel Jean, Pierre-Yves Le Louarn, Eva Castro, Stéphane Miquel, Sarah Sandre. Mise en scène : Isabelle Starkier. À la Fabrik Theâtre du 8 au 31 juillet à 16 h 30. Tél. : 04 90 86 47 81, www.fabriktheatre.fr


Pierre François, n° 19 juillet-août 2009

Une vision du monde

La mode est à l’Est. Après l’univers de la peinture, c’est à celui du théâtre de nous montrer sa vision du monde, souvent selon les anciennes colonies soviétiques, ici selon la Russie elle-même. « Le jour de Valentin » est une pièce qui nous rend plus témoin d'un monde qu'il ne nous y fait entrer. Pourtant, même si par ailleurs on a du mal avec la violence qui s'en dégage, ce spectacle est intéressant à plus d'un titre.Quant à sa forme, c'est un mélange entre fantastique, conte, théâtre et cirque, dans des proportions tout à fait réussie. En effet, constitué de tableaux qui s'appellent et s'évoquent les uns les autres entre présent et passé, réalité et rêve, il parvient à maintenir un fil évident entre ces différents moment et lieux de dialogue.Quant au fond, il constitue une introduction à la littérature russe contemporaine. L'auteur en est : Ivan Viripaev, encore peu connu en France. Il se caractérise par une lecture paradoxale et ironique de l'Histoire récente de ce pays, depuis Gorbatchev jusqu'à aujourd'hui. À ce titre, la pièce est pleine d'enseignements. La question devient moins de chercher à comprendre où mène ce jeu de haine et de dépendance entre deux femmes-miroir qui aiment le même mort que de voir comment les sentiments sont exprimés. Si certes il restait encore quelques longueurs en répétition à Paris, on a tout lieu de croire que ces défauts de jeunesse sont maintenant corrigés tant, globalement, la question des rythmes est bien traitée. Le jour de Valentin, d’Yvan Viripaev. Avec : Caterina Barone, Irina Boujilova, Hédi Tarkani. Du 8 au 30 juillet au Pulsion Théâtre à 18 h 30. Tél. : 04 90 85 37 48.


Pierre François, n° 19 juillet-août 2009

Désespoir joyeux ?

François Joxe n'est jamais aussi heureux que sur les planches, et joue tellement bien qu'il peut laisser le spectateur interloqué. « Avant dernières salutations » est un texte que François Joxe donnait déjà dans le « off » l'an dernier, déjà aux Ateliers d'Amphoux. En sortant de ce spectacle, on avait alors l'impression que l'auteur-interprète venait d'user d'un grossier subterfuge pour nous léguer ses derniers désespoirs avant d'aller se jeter dans le Rhône. Mais il y a tellement bien survécu qu'il a joué son spectacle solo à Paris cette saison, avant de revenir à Avignon. Il fallait donc éclaircir le mystère et savoir si l'impression produite était due à son talent de comédien ou à l'état de son esprit. « Si je suis hanté par la mort, je n'ai jamais été tenté de mettre fin à mes jours », confie cet homme qui a vu ses proches mourir dès mon enfance. Quant à savoir si ce qui est raconté dans le spectacle trouve des racines dans sa vie, la réponse est que certes, mais pas plus que pour n'importe quel auteur. Par exemple, l'histoire du héros (ou plutôt de l'antihéros puisque le thème du spectacle tend à montrer comment il a raté sa vie quel que soit l'angle sous lequel on l'examine) qui se jette du haut d'une montagne mais se rate et atterrit aux pieds d'une bergère qu'il épouse a pour seule inspiration une foulure durant une excursion.Pour le reste, s'il y a de la sincérité dans les adieux des cinq dernières minutes, il s'agit d'un assemblage de quatre textes : un d'adieux, un autour du thème du ratage de la vie professionnelle, un autre sur une psychanalyse étrange et un dernier qui prône le retour à la nature de façon radicale. On est donc face à un spectacle paradoxal, criant d'une fausse vérité et si excessif dans son désespoir affiché que, parfois, on en rit tant le trait est gros. Il ne laisse en tous cas pas indifférent : l'an dernier, plus de la moitié des spectateurs a acheté le texte. « Avant-dernières salutations », de et avec François Joxe. Aux Ateliers d'Amphoux, 10, rue d'Amphoux à 14 h 45 du 8 au 28 juillet. Tél. : 06 83 71 94 25 ou 04 90 86 17 12 ou 06 45 94 56 12.


Pierre François, n° 19 juillet-août 2009

Plus qu'un récital

Les histoires d'amour ne finissent pas toutes mal, même si elles passent par les mêmes étapes... « Paris-Séville mon amour » fait partie de ces spectacles musicaux qui sont bien plus qu'un simple récital. Une thématique (les étapes d'une histoire d'amour) et une vraie mise en scène lui donnent un air de pièce de théâtre. Les chansons sont de Gloria Estefan, Léo Ferré, La Lupe, Guy Marchand, Homero Manzi, Agustin Lara, Brassens, Armando Manzanero, Colette Renard ou Nougaro. Un texte bien trouvé et coulant, drôle et touchant aussi, assure des transitions parfaitement négociées. La voix de Raquel Castellano est particulièrement remarquable, qui transpire autant de sensualité que de sentiment dans les mélodies espagnoles tandis que son comparse, Patrick Mons, se signale par son jeu de guitare. Il y a beaucoup de délicatesse et de pudeur, de vérité aussi, dans l'ambiance qu'ils créent ensemble. On pense par exemple au moment où chacun attend un coup de téléphone de l'autre, aucun n'en prenant l'initiative et tous deux étant sur les charbons ardents. L'humour est simple et bien vu : « j'ai l'impression qu'elle s'est mise à table et que je suis dans l'assiette.. », « -Elle est belle, cette chanson... -Elle me ressemble », « Finalement, on ne sait jamais si on est amoureux ou si on ne fait que retarder le moment où on va prendre des antidépresseurs ». Le jeu amoureux d'affrontement doublé de désir, thème central du spectacle, est très bien interprété dans toutes ses nuances, de l'attitude de demande à celle de complicité en passant par le réglage qui s'effectue à travers les différents. C'est là un très bon spectacle, qui rappellera des souvenirs aux amoureux et soulèvera une partie du voile à ceux qui n'ont pas encore connu ce sentiment. « Paris – Séville mon amour », avec Patrick Mons et Raquel Castellano. Au théâtre de l'Ange, 15-17, rue des Teinturiers, 84000 Avignon, à 20 h 45. Tél. : 04 90 85 13 62.


Pierre François, n° 19 juillet-août 2009

Dur

Il est des causes qui ne souffrent pas le silence. Jusqu'à quelle crudité faudra-t-il aller pour que la prise de conscience se fasse. Jacques Kraemer a présenté cet hiver à Paris une « petite forme à caractère pédagogique et militant » qu'il présente dans le off d'Avignon. Que dire de cette pièce en faisant abstraction de son décor (il s'agissait alors de celui d'une autre) ? Qu'il s'agit d'un patchwork tout à fait cohérent et très dur autour du thème du viol. Le jeu des comédiens adopte le style de l'affrontement. Les répliques sont fortes, hachées. Plus difficilement compréhensible, on assiste par moments à une sorte de chorégraphie, faite de mouvements lents, au sens obscur. Le violeur qui nie son acte ou rabaisse sa victime en l'assimilant à un orifice est certes un moment plus clair, mais ô combien plus dérangeant. Bref, cette pièce prend aux tripes, même si on peut s'interroger sur la dureté du jeu des comédiens. « Il aurait suffit », de Jacques Kraemer. Avec Roxane Kasperski et Simon-Pierre Ramon au théâtre du petit Louvre, 23, rue Saint-Agricol, à 15 h 45. Tél. : 04 32 76 02 79.


Pierre François, n° 19 juillet-août 2009

Très bien vu

« Libres sont les papillons » traite d’un sujet délicat, le handicap, mais l’air de ne pas y toucher et sans bon sentiment à la guimauve. Qui, au juste, est le plus handicapé : celui dont les yeux du corps ne voient pas ou celle qui, incapable de lever les yeux du cœur sur autrui, préfère retrousser ses jupes ? « Libres sont les papillons » est une pièce adaptée de la comédie de Léonard Gershe par Hélène Zidi-Cheruy, qui en assure aussi la mise en scène. Si ce spectacle a déjà rencontrée un franc succès au dernier festival d'Avignon, le personnage masculin est interprété par Antoine Morin cette année.
Il est indiscutable que lors de la première répétition parisienne en présence de public, on croyait déjà complètement à la situation et aux personnages.
La pièce est par ailleurs très intéressante du point de vue du fond. Elle aborde d'abord le thème de l'acceptation du handicap par l'étranger, avec la voisine sans-gêne qui se met à gaffer sans cesse, à culpabiliser et à se confondre en excuses à partir du moment où elle apprend que son voisin musicien est aveugle. On savoure l'échantillonnage d'expressions révélatrices (et bien jouées) du type « ferme les yeux », « regarde pas, c'est le bordel dans ma chambre », « je ne voudrais pas que tu aies cette image de moi »... Elle montre ensuite combien c'est sans doute la mère qui est plus dépendante de son fils que l'inverse, ce qui se traduit par la classique surprotection, ici traduction d'une possessivité appelée à se convertir. Enfin, la personnalité du handicapé lui-même est particulièrement bien vue, spécialement dans ce dialogue : « -Ca ne se fait pas de se foutre de la gueule d'un aveugle. -C'est toi qui m'a dit de faire comme si tu étais comme tout le monde ». Cette pièce est absolument à voir par tous ceux qui s'interrogent sur les personnes vivant une différence. « Libres sont les papillons », de Leonard Gershe. Adaptation et mise en scène d'Hélène Zidi-Chéruy. Avec Antoine Morin, Lola Zidi, Hélène Zidi-Chéruy.

Pierre François, n° 19 juillet-août 2009

Bilan du Festival Off 2008

On retiendra comme révélation cette pièce québécoise montée par des semi-professionnels, « les Feluettes ou la répétition d’un drame romantique » de Michel-Marc Bouchard mis en scène par Olivier Sanquer au théâtre de l’Atelier 54, qui a su aborder les thèmes de l’incarcération, de l’homosexualité et de la confrontation avec un homme d’Église sans jamais déraper. Dans un genre plus fantasque et presque heureux, il y a eu cet « Harold et Maude », de Colin Higgins, au théâtre de l’Etincelle, un bijou de délicatesse. Et aussi « La Maîtresse » de Jules Renard, mise en scène par Jacques Bondoux au collège de la Salle, qui n’était pas du tout d’école et réjouissait l’oreille par son texte si bien servi. La même remarque peut être faite pour le spectacle solo « La chute libre » de Simon Yoland, mise en scène de Matthieu Simon au Vieux Balancier, si bien interprété qu’on n’aurait pas voulu rencontrer le comédien au coin d’une rue le soir. Dans une langue nettement plus documentaire et spontanée, « Grisélidis » mis en scène par Régine Achille-Fould au théâtre des Amants, est une vraie leçon d’éducation sexuelle pour les adultes qui auraient des illusions sur la prostitution.
À noter que toute la programmation de l’Espace Roseau, de très bon niveau, fait de cette scène un lieu où la qualité le dispute à la convivialité.
On note enfin une présence affirmée du style poétique, que ce soit avec « Sortez de l’armoire, Monsieur Cioran » de Matei Visniec, mis en scène par Radu Dinulescu à l’Espace Roseau, « Léo Ferré… tu connais ? » de et avec Emmanuel Depoix, à la Parenthèse, « Rimbaud, à moi l’histoire d’une de mes folies », de Julia Tumorticchi dansé par le Ballet des Alpes-Maritimes à l’Espace Roseau, « Les marches du soleil » de François Roux au théâtre du Bourg Neuf, « Le facteur de Neruda » de Antonio Skármeta, mis en scène par Jean Claude Nieto au Pulsion théâtre, « Le mois de Marie » de Thomas Bernhard, mis en scène par Frédéric Garbe au théâtre des Halles ou les précités « Harold et Maude ». Bref, une bonne cuvée.
Les spectateurs ne s’y sont d’ailleurs pas trompés : interviewés dans les files d’attente en troisième semaine, ils ont assurés avoir vu beaucoup de spectacles qu’ils ont apprécié et peu de productions décevantes. Il faut dire que les plus habitués d’entre eux ont un truc pour se repérer dans ce maquis : se fier à certains théâtres dont ils apprécient d’années en années la programmation puis s’autoriser quelques aventures dans des lieux inconnus, une méthode produisant un résultat satisfaisant et qui les encourage à revenir passer une soirée, une journée ou quelques après-midi dans le Off du Festival d’Avignon.

Pierre François, Olivia Gazzano, n° 14 septembre/ocotbre 2008