Nicolas Canteloup inaugure son nouveau spectacle à Avignon !

Il arrive dans la salle et d'emblée, serre la main de tous les journalistes présents. Il lance une plaisanterie, donne le ton et les questions commencent dans une ambiance détendue. Nicolas Canteloup est à Avignon une semaine pour travailler sur la scène de l'Opéra-théâtre, l'aspect scénique de son nouveau spectacle, les petits effets, les lumières, le son. Ses auteurs traditionnels auquel vient de s'en ajouter un qui arrive des Guignols, sont de la partie. Il conclura son séjour par trois représentations : mercredi, jeudi et vendredi. Son choix, parmi toutes les villes de France, s'est porté sur Avignon parce qu'il y a là un public averti et "parce que c'est le sud", toujours très agréable. Le public avignonnais lui servira donc de mètre-étalon pour vérifier ce qui fonctionne et ce qu'il faut retravailler ou supprimer.
Il confie aux journalistes que ce nouveaux spectacle est plus délicat à réaliser. Avec le prochain remaniement ministériel et la campagne présidentielle qui se profile, le spectacle ne pourra pas être figé mais il faudra se renouveler quotidiennement. Attentif, vigilant et concentré, il l'est assurément. Rebondissant sur l'intervention d'une minute du directeur de l'Opéra-théâtre, Gérard Facq, il stigmatise gentiment un aspect de sa personnalité et déclenche le rire dans la salle par la justesse de son interprétation. Ses auteurs seront là, au fil des mois, pour l'épauler. Il les choisit talentueux et "dénués d'amour propre", l'essentiel étant de trouver le bon mot.
De nouvelles voix vont bien sur faire leur apparition, parmi lesquels celle de Laurent Blanc qu'il a déjà commencé à mettre en scène et dont il moque le changement de vocabulaire et les lunettes de vue pour faire plus intellectuel, mais aussi le futur président de la République et le futur Premier ministre. Dans un autre registre, son attention se portera sur les émissions Rendez-vous en terre inconnue et l'Amour et dans le pré. Des cibles qui se prêtent au rire. Frédéric Lopez et Karine Le Marchand entreront donc dans le Panthéon de l'humoriste.
On a hâte de voir et d'entendre sous quel angle il va les aborder. Car l'astuce de Nicolas Canteloup n'est pas de reproduire la voix à la perfection mais de trouver le bon angle et le phrasé qui évoque le personnage à 20 % et qui fait dire Ah, mais oui, c'est bien lui ! Puis, il pense avec la voix du personnage. Après, il peut leur mettre dans la bouche toutes les paroles qui lui passent dans la tête.
Enfin,toutes les paroles ce n'est pas exactement juste. Nicolas Canteloup ne se sent pas investi d'une mission, mais locataire d'une fenêtre, pour faire rire sur l'actualité, nationale principalement, c'est tout. Il a le sens des responsabilité et il se filtre, c'est une question de tact. Pour lui, on ne peut pas rire de tout à n'importe quel moment et il n'aime pas provoquer le malaise. Par exemple, il laisse toujours un peu de temps passer avant de traiter un sujet grave qui occupe le devant de l'actualité. C'était le cas ce matin, sur Europe 1, lorsqu'il a évoqué les alertes à la bombe à répétition, à Paris, en ce moment.
Il confie enfin aux journalistes qu'il est un instinctif et que nous sommes tous des imitateurs depuis l'enfance, réfutant ainsi l'idée d'un don qu'il aurait. Il est en effet certain que Nicolas Canteloup est une gros travailleur, exigeant avec lui-même. Il est aussi certainement resté modeste, malgré son immense popularité auprès des français, respectueux du public et tout simplement des personnes. Allons donc, la semaine prochaine, rire avec lui de l'actualité et de ceux qui la font !

Olivia Gazzano, septembre 2010

Nicolas Canteloup, son nouveau spectacle. Mercredi 6, jeudi 7 et vendredi 8 octobre, 20h30, Avignon, Opéra-théâtre. Location au guichet et par téléphone : 04 90 82 81 40. Prix des places : 54€ / 40,50€/ 27€/ 13,50€. Tarif groupe, plus de 65 ans : de 50€ à 12,50€. Tarifs -18ans, étudiants -25 ans, handicapés : de 32€ à 8€.

Qu'il est doux de festivaler à pied !!


Spartacus, théâtre la Licorne
 Flâner tranquillement de chapiteaux en tréteaux, de rencontres impromptues en rendez-vous programmés, prendre son temps, aller à la découverte de ses envies, choisir un spectacle à l’improviste et découvrir avec bonheur qu’il reste encore quelques places ….. Deux festivals, l’un gardois : Villeneuve- en-scène et l’autre ardéchois : le Nouveau Festival d’Alba offrent cette liberté. Sans doute a-t-elle beaucoup à voir avec l’itinérance des artistes présents : ils savent accueillir et rencontrer partout où ils posent leurs caravanes, leurs tréteaux, leur petit théâtre, leur chapiteau. Ils sont clowns, funambules, trapézistes, musiciens, marionnettistes, comédiens ambulants, inventeurs de rêves, artistes de rue et toujours voyageurs, proposant leurs spectacles aux quatre coins du monde.
Parmi la pléthore de spectacles, quelques coups de chapeau : Spartacus à Villeneuve et Balade circassienne à Alba : magie de l’espace clos, du bestiaire et des machines pour l’un, magie de l’espace ouvert sur 360 degrés animé par de merveilleux fous volants, accompagnés de musiciens de grand talent, pour l’autre. Deux moments de pur bonheur et la magie de spectacles qui fascinent tous les âges.
Et, bien sûr, ces extraordinaires marionnettistes, les Buchinger’s boot, déjà présents en 2009 pour un spectacle autour d’Alfred Jarry et cette année pour Yaga’s Fire, leur version d’un conte russe. Un théâtre de l’ineffable, plus apaisé dans leur création 2010 pour Villeneuve, mais conservant un côté « cabinet de curiosités » tant les marionnettes, les décors et les objets sont étonnants.
Si vous n’avez pas encore découvert ces lieux hors de la cohue festivalière, faites quelque chose pour ne pas les rater l’an prochain : prenez quelques jours de vacances, par exemple !

Anne Simonet-Avril, septembre 2010

3 Points... Baptême à Rasteau

Le 26 septembre dernier, le Centre Laïque d’accueil et d’Education populaire a baptisé sa salle de spectacles.
Elle est la seule salle digne de ce nom dans tout le Haut-Vaucluse, avec le théâtre des Cordeliers à Valréas. D’une capacité de 250 personnes en configuration debout et de 180 en places assises, cette salle toute équipée accueille depuis trois ans une programmation régulière, de septembre à mars-avril. Elle porte dorénavant un nom : 3 points ... en couleur pour rappeler celles de la Provence, le rouge et le jaune. Des points de suspension pour signifier la continuité et les projets à venir. Car depuis l’arrivée de son nouveau directeur, Jérôme Lhermitte, il y a 3 ans, la vocation de l’espace culturel s’est affirmée : proposer ou faire découvrir à un public local des formes diverses de spectacles vivants : le théâtre, la musique, la danse, la lecture à haute voix, et partager ces moments avec les artistes et l’équipe du lieu. Une formule nouvelle est pour cela au programme : le dîner-spectacle du samedi soir. Pour une somme n’allant jamais au-delà de 35 euros, le spectateur peut dîner d’un repas -toujours bon- composé par le cuisinier de la structure, puis assister au spectacle : du tango, du flamenco, de la danse contemporaine, du théâtre, de la musique choisit parmi les nouvelles musiques traditionnelles, des répertoires anciens de chansons populaires revisitées ou des groupes régionaux représentés sur la scène nationale. Une programmation à mi-chemin entre celles des scènes de musiques actuelles et des cabarets. Et une convivialité sans pareille due à l’accueil, assuré par l’équipe composée de salariés et de bénévoles. On s’y rend entre amis ou bien on s’assoit à côté d’inconnus qui ne le restent jamais longtemps. Idéal pour se retrouver en fin de semaine ou faire connaissance. Les prochaines dates seront : en décembre, Philippe Roman avec ses Mets et Mots et en janvier MY G.G Generation, du théâtre-concert documentaire par l’Atelier du Possible, une forme inédite de théâtre qui dépeindra le plus grand mouvement musical populaire : le Rock’n’roll, depuis sa naissance au début des années ‘50, jusqu’aux années ‘70.
Les 3 points ... accueillent aussi des formes classiques de spectacles à 20h30 ou 21h00 pour des tarifs inférieurs à 20 euros - cette saison, Mossu T e lei Jovents en novembre, la compagnie Flamenco Vivo en janvier et la compagnie Pies y Manos en février qui proposera un spectacle de musique et de danse d’Argentine, entre tradition et modernité.
Partie prenante du Pôle culturel Vaison-Rasteau, la salle sera le théâtre, en mars, du festival de musiques actuelles Mic Mac qui prendra de l’ampleur pour sa quatrième édition. Les élèves de l’école intercommunale de musique y joueront en première partie de groupes au talent confirmé.
Une programmation à suivre et un lieu à découvrir !


Olivia Gazzano, article paru dans le n°21 novembre-décembre 2009

Avignon Off 2009 : de la poésie au militantisme ?

Au bout de trois ans, la chose commence à s'apparenter à une tradition : voici donc quelques critiques sur les pièces qui vont arriver ces jours-ci dans le « off ». Un peu plus que l'an dernier, avec l'espoir que l'an prochain « Prosper... » pourra vous en offrir encore plus.Cette sélection doit autant à la position géographique des troupes qu'à leur capacité à s'organiser à l'avance : le critère pour pouvoir vous offrir ces critiques a été de rechercher des pièces visibles en région parisienne avant de descendre au festival d'Avignon. La grande majorité des spectacles a été vue en répétition, donc dans une mise en scène qui allait encore s'améliorer. Cela a aussi été le cas du « Tartuffe » qui se donne au château de Grignan. Il est donc raisonnable d'imaginer que les pièces que vous aurez la chance de voir seront encore plus au point que ce qu'il a été donné de voir à votre serviteur.L'an dernier, le festival d'Avignon a été marqué par un retour de la poésie tant du point de vue de la forme (« Harold et Maud », par exemple) que du fonds. Cette année, si l'échantillonnage des pièces vues jusqu'à présent est représentatif, il semble que ce soient les pièces militantes qui reviennent en nombre. Comme quoi, le théâtre ne perd jamais sa fonction de contestation sociale. Avec le risque que le fond vampirisant la forme, on arrive à un résultat ennuyeux pour le spectateur...
Pierre François, n° 19 juillet-août 2009

Frères Jacques... Dormez-vous ? Soeurs Jacques aussi vraies que les les frères

Voici un spectacle magique et poétique, même pour qui n'a pas connu l'original ici pastiché. Certes, c'est le répertoire des célèbres compagnons des années cinquante qui est ici repris par un groupe de femmes, et pas seulement : même leurs mimiques sont au rendez-vous. Il y a un tel travail de création, dans une cohérence poétique jamais prise en défaut que ce spectacle se suffit en lui-même. Le style commence, avec "Frère Jacques" et "La Confiture", par afficher un genre très expressif, à la limite du caricatural. Mais, très vite, il devient habité par une infinité de nuances. Le recours aux projections vidéo, les dialogues entre pianiste et chanteuses, loin de casser le rythme de cette chorégraphie chantée, ne font que souligner la poésie de ce spectacle musical. Une poésie encore amplifiée par un travail de bruitage impressionnant, des danses de gants blancs et toutes sortes de créations originales. Si on se souvient, par exemple, de cette scène au cours de laquelle ce quatuor féminin se retrouve prisonnier d'élastiques, la vérité oblige à dire que c'est tout au long du spectacle que deux des interprètes sont particulièrement remarquables et qu'une troisième joue avec une constance extraordinnaire le rôle de la marginale qui ne comprend jamais rien à rien (les autres le lui faisant évidemment bien sentir). Pour un peu, on y retournerait ... Facétie musicale mise en scène et interprétée par Myriam Allais, Marièle Chartier, Angélique Dessaint, Eve Druelle. Au piano : Spohie Rieger. Théâtre du Bourg Neuf, 5 bis rue du bourg-neuf. Du 8 au 31 juillet. Tél. 04 90 85 17 90

Pierre François, n° 19 juillet-août 2009

les fruits empoisonnés de la guerre

On sait que la guerre n'est source que de malheur, cette pièce le manifeste de façon irréfutable. « Le mot progrès dans la bouche de ma mère sonnait terriblement faux » est une pièce très dure. Contemporaine, elle évoque clairement les guerres actuelles des Balkans, qui divisent les familles et poussent à l'exil comme à la folie ou à la négation des dignités. Le vocabulaire ordurier, l'éclairage quasi inexistant, l'interdépendance des ennemis, les conditions de vie évoquées, tout mène, selon la sensibilité du spectateur, à la nausée ou à la prise de conscience. Ce spectacle sent le militantisme, mais à un point qui ne laisse plus sa liberté de penser au public. Il est par conséquent à réserver aux âmes fortes. « Le mot progrès dans la bouche de ma mère sonnait terriblement faux », de Matéi Visniec. Mise en scène de Jean-Luc Paliès. Avec Philippe Beheydt, Katia Dimitrova, Claudine Fiévet, Alain Guillo, Jean-Luc Paliès, Miguel-Ange Sarmiento. Théâtre de l'Oulle, 19, Place Crillon, 84000 Avignon, à 11 heures du 7 au 26 juillet. Tél. : 04 90 86 14 70.


Pierre François, n° 19 juillet-août 2009

Mime médité

Pièce mystérieuse et puissante, « L'Enfer » interroge. Malgré elle ?« L'enfer » est une pièce mystérieuse. Tout en pétrissant une pâte à pain qui se métamorphose sans cesse pour incarner différentes marionnettes, une femme soliloque au sujet d'« elle ». Mais qui, « elle » ? Une compagne ? Elle-même ? Sa conscience ? C'est cette dernière hypothèse qui semble faire le moins de restes, sans pour autant acquérir le moindre caractère de certitude.Du coup, on se pose la question de l'utilité du texte. En effet, ne vaut-il pas mieux se laisser prendre par les évocations successives du mime et des marionnettes plutôt que de chercher en vain à savoir sans cesse de qui on parle, ce qui déconcentre par rapport au magnifique travail muet. Car il faut le souligner : le travail fait avec cette pâte à pain est d'une puissance émotive phénoménale, même si on ne saisit pas toujours le sens de ce qui se passe sur le plateau. « L'Enfer », de Marion Aubert. Avec Babette Masson. Mise en scène : Laurent Fraunié. Du 8 au 28 juillet à La Manufacture, 2, rue des écoles, 84000 Avignon, à 20 h 30 (relâche le 20 juillet). Tél. : 04 90 85 12 71.

Pierre François, n° 19 juillet-août 2009

Emerveillement intergénérationnel

Les meilleurs spectacles pour enfants sont ceux qui parviennent à captiver l'accompagnateur tandis qu'on entend une mouche voler... « Isidore et la plume bleue » est une pièce magnifique. Esthétisme, précision du geste, poésie et sagesse s'y côtoient harmonieusement. Le spectacle vise le jeune public, et le silence des tout jeunes enfants (jusqu'à trois ans, avant l'âge de la peur du loup) dit combien le but est atteint. Mais il sait réveiller l'enfant qui sommeille dans l'adulte accompagnateur et lui offrir du grain à moudre : qu'est ce que grandir et comment y aider vont être les questions qui lui sont posées avec tendresse et poésie tandis que l'accompagné s'émerveille de l'histoire de ce petit canard qui part seul explorer le monde. Il y a une précision chirurgicale dans la gestuelle des manipulateurs de marionnette de sorte que jamais l'émotion n'est parasitée par la technique, même si le travail se fait à la vue des spectateurs. On est face à un spectacle de grande qualité. « Isidore et la plume bleue, une aventure en marionnettes », spectacle tout public à partir de deux ans de Sylvie Fournout. Avec Francesca Testi et Cyrille Louge. Mise en scène : Cyrille Louge. Du 8 juillet au 1er août à 10 heures au théâtre des Béliers, 53, rue du portail Magnanen. Tél. : 04 90 82 21 07


Pierre François, n° 19 juillet-août 2009

Sacré militantisme !

Si le militantisme pour des causes diverses réapparait en ce moment, celui au service de la foi n’a jamais disparu. Et, bonne surprise, il peut donner lieu à des spectacles de qualité. Les pièces engagés ont ceci de difficile que parfois elles sont aveugles sur leurs propres insuffisances, ce qui leur coûte d’autant plus cher qu’elles viennent après une longue tradition de spectacles de patronages (tant laïcs que cathos) dont la qualité était hélas connue…On ne parlera pas ici de ceux qui s’inscrivent dans cette perspective, mais, au contraire, on a plaisir à signaler l’« Evangile de saint Matthieu » mis en scène par Francesco Agnello, qui a réussi à revenir à Avignon malgré la tournée mondiale qu’il fait comme percussionniste de hang dans le spectacle de Peter Brook.Tout fraîchement créé lors du dernier festival d’Avignon, il revient dans le même lieu bien plus mûr. On note en particulier une incarnation des différents personnages beaucoup plus riche, qui contrebalance efficacement un travail relativement manichéen (mais conforme au style de l’auteur) sur les voix. Seule réserve : le passage sur les vendeurs chassés du Temple est un peu trop crié de sorte que ce qui est gagné en volume sonore est perdu en clarté d’élocution.Le texte, s’il est incomplet (il est traité sous forme de tableaux successifs), est livré tel quel, sans autre commentaire que le son du hang, percussion très favorable à la méditation. Il devient alors d’autant plus respectueux de la conscience de chacun que la résurrection n’est que suggérée. Evangile de saint Matthieu. Adaptation, mise en scène et musique de Francesco Agnello. Avec Lorenzo Bassotto. À la chapelle de l'Oratoire à 18 h 30.


Pierre François, n° 19 juillet-août 2009

Alliances

Monsieur de Pourceaugnac est l'alliance de l'ancien et du moderne, du divertissement et de la réflexion, de tout ce qui précède et du talent. « Monsieur de Pourceaugnac » est une très bonne pièce, qui a su marier un texte du répertoire à une mise en scène contemporaine et créative. Molière faisait jouer ses comédiens en costumes du temps, ceux d'aujourd'hui jouent donc en vêtements de notre temps, même si le texte est à très peu de choses près celui de l'auteur. Ces tenues contribuent à donner un côté plaisant et baroque au jeu très rythmé et physique des acteurs qui, parfois, dérape vers le style clownesque. Ce qui est tout à fait logique, celui de Molière étant celui de la farce. Onomatopées, rires, caricatures, jeux de masque, rien ne manque au catalogue des différents moyens de divertir le public, mais surtout tout est parfaitement bien dosé, équilibré. La danse incantatoire des médecins est sans doute un des moments les plus réussis, qui offre au spectateur une longue crise de rire.Mais cette pièce recèle d'autres dimensions, plus essentielles, comme de faire réfléchir et rire à la fois sur l'esclavage. Ce théâtre n' apas choisi entre divertissement et réflexon sociale : il mène aux deux, magistralement. « Monsieur de Pourceaugnac », de Molière. Avec Daniel Jean, Pierre-Yves Le Louarn, Eva Castro, Stéphane Miquel, Sarah Sandre. Mise en scène : Isabelle Starkier. À la Fabrik Theâtre du 8 au 31 juillet à 16 h 30. Tél. : 04 90 86 47 81, www.fabriktheatre.fr


Pierre François, n° 19 juillet-août 2009

Une vision du monde

La mode est à l’Est. Après l’univers de la peinture, c’est à celui du théâtre de nous montrer sa vision du monde, souvent selon les anciennes colonies soviétiques, ici selon la Russie elle-même. « Le jour de Valentin » est une pièce qui nous rend plus témoin d'un monde qu'il ne nous y fait entrer. Pourtant, même si par ailleurs on a du mal avec la violence qui s'en dégage, ce spectacle est intéressant à plus d'un titre.Quant à sa forme, c'est un mélange entre fantastique, conte, théâtre et cirque, dans des proportions tout à fait réussie. En effet, constitué de tableaux qui s'appellent et s'évoquent les uns les autres entre présent et passé, réalité et rêve, il parvient à maintenir un fil évident entre ces différents moment et lieux de dialogue.Quant au fond, il constitue une introduction à la littérature russe contemporaine. L'auteur en est : Ivan Viripaev, encore peu connu en France. Il se caractérise par une lecture paradoxale et ironique de l'Histoire récente de ce pays, depuis Gorbatchev jusqu'à aujourd'hui. À ce titre, la pièce est pleine d'enseignements. La question devient moins de chercher à comprendre où mène ce jeu de haine et de dépendance entre deux femmes-miroir qui aiment le même mort que de voir comment les sentiments sont exprimés. Si certes il restait encore quelques longueurs en répétition à Paris, on a tout lieu de croire que ces défauts de jeunesse sont maintenant corrigés tant, globalement, la question des rythmes est bien traitée. Le jour de Valentin, d’Yvan Viripaev. Avec : Caterina Barone, Irina Boujilova, Hédi Tarkani. Du 8 au 30 juillet au Pulsion Théâtre à 18 h 30. Tél. : 04 90 85 37 48.


Pierre François, n° 19 juillet-août 2009